Je partage avec vous ici l’interview faite par Matteo Ianni du journal “L’Agefi” qui dès le début et durant plusieurs mois, nous* a soutenu dans notre idée et démarche d’amener la Suisse à être présente au CES 2019. C’est au retour du CES en janvier 2018 que j’ai poussé ce “coup de gueule” suite au constat très rude: la Suisse est dans le top 5 des pays innovants et dans le même laps de temps, absente des radars de la plus grosse foire technologique du monde.

*swiss4tech est le collectif créé par Bruno Chanel, Laurent Eymard et moi-même

Le pavillon suisse tout de noir vêtu

Quel bilan tirez-vous de cette édition 2019 du CES pour les entreprises suisses ?

Le bilan pour les entreprises suisses présentes sur ce pavillon est très positif ne serait-ce que pour la toute première raison : le pavillon suisse existe !

L’affirmation de notre présence que ce soit au travers des start-ups, des partenaires, de la couverture médias, mais aussi de la prise au sérieux de cette opération par le gouvernement helvétique donne tout simplement raison à cette opération. Discussion faite avec certaines sociétés présentes il s’avère que dès les premiers jours d’exposition à Las Vegas elles ont pu rencontrer de futurs partenaires, distributeurs ou clients chose qui est un peu plus compliqué quand on reste dans notre pays.

Le capital image suisse associée à l’organisation de cette opération a pour la plupart des sociétés présentes ici à Las Vegas, constitué un bras de levier très puissant pour optimiser leur visibilité.

Comment a été perçu le pavillon suisse à l’Eureka Park ? Quel est votre ressenti ?

L’arrivée du pavillon suisse n’est pas passée inaperçue ! À l’image de l’interview de Gary Shapiro qui répondait au micro de Engadget quand on lui pose la question de la crainte de voir baisser l’affluence à ce salon important, il répond entre autres: « non la fréquentation est en augmentation et même les Suisses sont maintenant présents cette année avec un pavillon ! » La Suisse qui affirme sa position dans le top cinq des pays innovants en venant ici à Las Vegas, marque une nouvelle ère et confirme son intention de sortir du bois. Enfin la Suisse n’a plus à rougir de ses compétences et de son savoir-faire. J’ai eu l’occasion de rencontrer et d’accompagner Monsieur l’Ambassadeur de Suisse à Washington Martin Dahinden, plusieurs personnes du Seco, mais aussi des entrepreneurs, des investisseurs et des professionnels qui ont tous reconnu l’utilité évidente d’un tel rendez-vous et d’une telle présence. La Suisse a même été récompensée via le prix «Champion de l’innovation 2019», fait remarquable pour une première participation.

Quelles technologies vous a le plus impressionné ?

Chaque année on tente avec Laurent Eymard et Bruno Chanel de trouver l’effet « WOW » ou la technologie qui va marquer tout le reste de l’année. Cet exercice est de plus en plus difficile, mais en se promenant dans les allées de l’Eureka Park on réalise que l’innovation est tout de même bien présente. C’est là que notre attention doit être focalisée pour trouver les pépites de demain. Il y a certes des gros effets d’annonce de Samsung, LG et de toutes les marques automobiles présentes également ici. Aucune technologie évidente ne sort du lot cette année, c’est une édition relativement calme entre guillemets, mais importante. Et si je devais tout de même choisir, je parlerais des Suisses de wecheer.io et leur décapsuleur intelligent et connecté, un produit simple et très efficace qui va faire parler de lui ces prochains mois ! J’attends avec impatience l’arrivée également sur le marché des automobiles électriques Byton. Un constructeur automobile chinois qui va à mon avis contribuer à faire de l’ombre à Tesla.

Quelles ont été les forces des start-up suisses par rapport à leurs concurrents internationaux ?

La force de la Suisse est implicitement et directement liée à notre pays et à son image. Le sérieux, la fiabilité, mais surtout la qualité sont, je pense, les thèmes qui viennent en tête à tous visiteurs qui découvrent notre pavillon. Le choix de Nicolas Bideau de décorer en noir ce pavillon a contribué à marquer les esprits. L’autre force de nos startups cette année, et là je sais que je me répète, c’est qu’elles étaient là !

Au travers de notre collectif Swiss4tech, nous avions repéré 7 sociétés l’année passée. En janvier de cette année, ce sont près d’une trentaine qui ont fait le déplacement. Et comme le pavillon suisse intègre une scène de pitch qui se transforme en volière à drones, tout cela contribue à booster l’affluence sur le site et donc les opportunités pour les startups.

Cet outil qu’est le pavillon suisse doit en effet s’améliorer. Les aspects marketing et visuels font partie des points d’amélioration. Dès le début de ce projet, ce sont des points sur lesquels j’ai tenté d’insister sur leur importance. En effet, un visiteur doit en 3 secondes comprendre ce que vous faites et qui vous êtes, c’est une réalité et sur ce point nous avons encore beaucoup à faire pour nous améliorer. L’emplacement d’un pavillon au sein de l’Eureka Park est tout aussi important, c’est probablement quelque chose qu’il faudra réexaminer pour les prochaines éditions. Et au-delà de l’aspect du pavillon, il y a tout le travail de préparation et de coaching aux startups qu’il faudrait passer en revue. Il ne s’agit pas en effet pour les startups de «juste venir à Vegas et d’attendre le chaland», mais bel et bien se plier à cet exercice que d’attirer l’attention, de convaincre et de clore des deals. Chaque année je suis épaté de voir la force de nos amis français à nous attirer dans leurs stands pour découvrir leurs produits. Et ça marche ! L’Eureka Park est réellement une place de marché sur laquelle la Suisse a encore beaucoup à faire. Côté point d’amélioration, il nous faudra être plus clairs et mieux organisés pour identifier et sélectionner les startups éligibles à participer à cette opération d’envergure. Il y a eu beaucoup d’intervenants, peut être est-ce du par le fait qu’il fallait beaucoup de partenaires pour donner vie à cette opération, mais comme j’aime à dire dans mon métier, le syndrome des «15 réalisateurs» qui désirent tous décider n’est pas toujours très productif voir même dangereux.

Et il faut également beaucoup insister sur un aspect très important: les prix distribués par le CES. Dès le début de l’année, chaque startup a l’opportunité de défendre son projet, sa technologie en se mesurant au reste du monde via les CES Awards. Un label qui sert autant à obtenir une reconnaissance dans le marché que de booster efficacement sa compagne de crowdfunding. Aucune de nos startups a participé à ce prix cette année et c’est clairement un point à améliorer rapidement.

À quoi doit-on s’attendre pour la prochaine édition pour le pavillon suisse ?

Plus d’entreprises ?

Avant de répondre, Bruno, Laurent et moi-même devons remercier sincèrement votre journal. L’écho que vous avez donné à notre «coup de gueule» en janvier 2018 dernier a été très bénéfique pour la scène startups suisses. Avec les différents relais qui ont suivi, nous sommes très heureux de voir la prise au sérieux de la question d’un pavillon suisse au CES. Le travail de la SGE et de Présence suisse peut l’attester. Et pour vous répondre, ce qui est sûr et déjà confirmé, il y aura à nouveau un pavillon suisse au CES2020. Il sera probablement plus grand pour accueillir plus de sociétés désireuses de faire affaire avec le reste du monde.