Chaque année, le CES promet une plongée dans le futur de la technologie. Et chaque année, la même question revient : assiste-t-on encore à une vision… ou surtout à une démonstration de force ?

Des conférences interchangeables

Premier constat frappant : les conférences se ressemblent toutes. Même structure narrative, mêmes slides, mêmes promesses. Les logos changent, les messages beaucoup moins. On passe d’une keynote à l’autre avec une étrange impression de déjà-vu.

La fascination pour la puissance brute

Racks de serveurs, GPU, processeurs, benchmarks : le CES reste un temple de la performance matérielle. C’est impressionnant sur le plan technique, mais rarement inspirant sur le plan des usages. Montrer de la puissance n’est pas raconter une vision. Or, la vision fait souvent défaut.

Des speakers inégaux et trop dépendants du prompteur

La qualité des intervenants est très variable. Certains maîtrisent leur sujet. D’autres récitent. Le prompteur est devenu un réflexe systématique, presque un dogme. Résultat : aucune spontanéité, aucune prise de risque, aucun moment réellement mémorable. Tout est contrôlé, lissé, prévisible.

Même les géants ne sont pas à l’abri

Voir Nvidia rencontrer des bugs techniques en pleine démonstration rappelle une réalité simple : la technologie n’est jamais parfaite. Ce n’est pas un drame en soi, mais dans un événement censé incarner l’excellence absolue, l’effet est brutal. Le storytelling prend parfois le pas sur la maturité réelle des produits.

Jeux-concours et collecte de données

Autre constante : les concours. Des lots intéressants, parfois coûteux, mais au prix d’une collecte massive de données. On ne gagne pas vraiment un produit : on devient un lead. Le CES reste aussi une immense machine marketing, où la data est une monnaie d’échange centrale.

Où est passé le « wow effect » ?

Difficile de ne pas ressentir une forme de nostalgie. Le CES semble avoir perdu cette capacité à surprendre, à provoquer un déclic immédiat. Steve Jobs manque, non pas pour sa personnalité, mais pour sa capacité à raconter le futur avec clarté, simplicité et impact.

Lenovo, symbole d’un changement d’échelle

Certaines stratégies interpellent toutefois. Lenovo multiplie les collaborations avec Nvidia, Intel ou AMD, au point d’inviter leurs CEO sur scène. Lenovo ne se contente plus de fabriquer des machines : la marque s’installe dans les écosystèmes globaux, du sport automobile à la Formule 1, jusqu’au football via un partenariat avec la FIFA. L’informatique devient culturelle, presque politique.

Le sentiment de répétition

Quand on assiste à plusieurs conférences des mêmes acteurs, la redondance devient flagrante. Même vocabulaire, mêmes promesses, même futur « révolutionnaire » présenté à intervalles réguliers. L’innovation avance, mais le discours tourne en boucle.

Tous ont leur assistant… et tous sont « les meilleurs »

Dernière tendance omniprésente : l’assistant personnel. Chaque marque propose le sien, évidemment plus intelligent, plus intégré, plus indispensable que celui du voisin. À force, l’assistant devient une commodité, plus qu’une innovation différenciante.

La stratégie de Lenovo illustre parfaitement cette édition du CES. La marque a clairement changé de dimension : présence affirmée en Formule 1, incursion dans le football mondial via son partenariat avec la FIFA, collaborations visibles avec Nvidia, Intel ou AMD. Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour produire une démonstration spectaculaire, presque iconique. Pourtant, malgré une débauche de moyens techniques, le rendu global est resté étonnamment sage, voire triste. Difficile de ne pas penser à ce qu’une marque comme Lenovo aurait pu proposer dans un lieu comme la Sphère de Las Vegas, tant le potentiel narratif et artistique semblait sous-exploité. Ironie notable : c’est finalement lors du concert de Gwen Stefani, en clôture de la conférence Lenovo, que le « Sphere Studio » a réellement montré ce dont il était capable en matière de créativité visuelle et émotionnelle. Comme si l’expression artistique avait été reléguée au divertissement, et non intégrée au discours technologique lui-même.

Conclusion

Ce CES donne l’image d’un secteur technologiquement surpuissant, mais narrativement essoufflé. La technologie progresse, les infrastructures se renforcent, mais le récit ne suit plus. Trop de slides, trop de promesses clonées, trop peu de vision lisible.

Le futur mérite mieux que des keynotes parfaitement calibrées. Il mérite de la clarté, du sens… et peut-être un peu moins de prompteur.