Une IA qui commence par écouter correctement

Cela fait plusieurs années que je croise l’équipe Plaud au CES. Cette année encore, leur stand ne désemplissait pas. Pas d’écrans géants ni de démonstrations tapageuses, mais de petits objets, très fins, presque invisibles, posés sur les tables.

Leur idée est simple, presque évidente : avant de faire de l’intelligence artificielle, encore faut-il bien capter le son. Plaud a donc fait un choix que beaucoup d’acteurs du secteur évitent : investir dans du hardware dédié, pensé spécifiquement pour les conversations humaines.

Leurs appareils, aussi fins qu’une carte de crédit, intègrent plusieurs microphones MEMS capables de capter une discussion jusqu’à environ cinq mètres, tout en isolant efficacement la voix et en réduisant le bruit ambiant. Dans un environnement comme le CES, c’est loin d’être un détail.

De la transcription à la compréhension

Ce qui m’a intéressé chez Plaud, ce n’est pas la simple transcription. On sait tous aujourd’hui que l’IA sait transformer de l’audio en texte. Le vrai enjeu est ailleurs : que fait-on de cette information ensuite ?

Plaud structure automatiquement les conversations enregistrées. Résumés, points clés, décisions prises, actions à mener, attribution par intervenant… Tout est organisé pour retrouver rapidement l’essentiel, sans devoir relire des pages de verbatim.

C’est exactement ce qui manque à la plupart des outils actuels : une logique orientée usage, pas démonstration technologique.

Une approche pensée pour le terrain

Autre point clé : le matériel permet de s’affranchir du smartphone. Pas besoin de sortir son téléphone en pleine discussion, pas de batterie qui fond, pas de notification parasite. On pose l’appareil, on écoute, on échange. Le reste se fait après.

Pour les journalistes, les consultants, les managers ou les équipes projet, c’est un vrai changement de posture. On revient à l’essentiel : être présent dans la conversation.

Multilingue, sécurité et usages professionnels

Plaud supporte aujourd’hui 112 langues, y compris dans une même conversation. Un point loin d’être anodin dans des contextes internationaux, ou même simplement en Suisse.

Les données sont chiffrées et stockées dans un cloud privé, sans synchronisation automatique avec Google Drive ou iCloud. Un choix qui parlera à toutes celles et ceux qui travaillent avec des informations sensibles.

J’ai également été sensible à leur approche par métiers. Plus de 3 000 modèles de synthèse sont disponibles, du journalisme au consulting, en passant par l’IT ou le médical. La prise de notes n’est pas universelle, et Plaud l’a bien compris.

Le mind mapping comme prolongement naturel

Une fonctionnalité m’a particulièrement marqué : le mind mapping.

Chaque conversation peut générer une carte mentale visuelle, qui reflète la structure des échanges. Pour le brainstorming, la stratégie ou le marketing, c’est extrêmement efficace.

On peut y ajouter des images, partager la carte avec une équipe, et accélérer considérablement la compréhension collective. Là encore, on sent une vraie réflexion sur les usages réels, pas sur l’effet “waouh”.

Et après la prise de notes ?

Plaud ne compte pas s’arrêter là. L’équipe travaille actuellement sur ce qu’ils appellent un executive agent. L’objectif est clair : transformer automatiquement les décisions issues des réunions en rappels, emails et suivis d’actions.

Autrement dit, passer de la note à l’exécution. Une évolution logique, et probablement nécessaire, si l’IA veut réellement améliorer la productivité plutôt que la complexifier.

Mon regard personnel

Ce que je retiens de Plaud, c’est une chose essentielle : une IA ne vaut rien sans une bonne entrée. Tant que la capture audio est mauvaise, tout le reste est du bricolage algorithmique.

Face aux meeting bots souvent intrusifs et mal acceptés, Plaud propose une alternative beaucoup plus élégante : un objet discret, posé sur la table, qui fait son travail sans perturber l’échange humain.

Dans un monde saturé de promesses logicielles, ce retour au hardware intelligent fait, paradoxalement, beaucoup de bien.

Conclusion

Faut-il une IA omniprésente ou un outil discret mais efficace ?

Le matériel est-il la clé d’une intelligence artificielle plus utile et plus respectueuse ?

Et combien d’idées, de décisions et d’engagements continuons-nous à perdre faute d’une vraie mémoire collective ?

Autant de questions que Plaud pose, sans bruit, mais avec une approche étonnamment mature.et pragmatique : poser l’objet, écouter, discuter. Le traitement vient après.