Depuis la rentrée, les enseignants de l’École Ardévaz, à Sion, ne corrigent plus les examens eux-mêmes. Ils fournissent le corrigé et le barème. Une plateforme appelée Profassist attribue les points et les notes, annote les copies et rédige des recommandations pour chaque élève. Les professeurs gardent la main : ils peuvent vérifier le résultat avant de valider.

L’établissement a testé l’outil en juin, avec l’accord des enseignants, des élèves et des parents. Alexandre Moulin, directeur général, avance deux arguments : la charge de travail des professeurs et l’uniformisation des critères de notation. La plateforme produit aussi des statistiques sur les lacunes de chaque classe. Ardévaz utilisait déjà un assistant de révision par IA depuis 2023, pour préparer la maturité.

Le canton de Vaud regarde l’expérience de près. Une rencontre est prévue entre la direction de l’école et les responsables de l’enseignement obligatoire. Le département cantonal a posé une limite claire : l’IA pour alléger l’administratif, pas pour corriger les épreuves.

L’argument de l’uniformisation tient debout. Un enseignant qui corrige sa troisième copie et le même enseignant qui attaque la trente-huitième ne sont pas dans le même état. Le moment de la journée, la fatigue, la place de la copie dans la pile pèsent sur une note. Une machine ne connaît pas ces variations. Sur la régularité, elle fait mieux qu’un humain.

L’uniformisation a un autre effet, moins discuté. Deux classes de la même année, corrigées par deux enseignants différents, ne sont jamais notées de la même façon. C’est vrai dans toutes les écoles, et c’est injuste pour l’élève qui tombe sur le correcteur sévère. Une plateforme qui applique le même barème partout supprime cette loterie. Je préfère le dire clairement : sur la régularité, l’IA gagne.

Le barème appliqué à la lettre reste un barème. Il ne voit pas l’élève qui se trompe de méthode mais comprend autre chose. Il ne voit pas la réponse mal formulée derrière laquelle il y a une intuition juste. Il ne voit pas celui qui a passé une mauvaise nuit. Une note exacte peut être une note fausse.

Reste la responsabilité. Le directeur affirme que le professeur valide avant que la note parte. Dans les faits, relire quarante copies annotées par une machine, à la fin d’un trimestre, se fait vite. L’enseignant qui survole et clique sur valider devient le prête-nom d’un système qu’il n’a pas écrit et qu’il ne saurait pas expliquer. Un parent conteste la note de son fils. L’école n’a rien à lui montrer, sinon un score produit par un outil qu’elle ne maîtrise pas.

Le cadre suisse n’aide pas. Il n’existe pas de loi générale sur l’intelligence artificielle dans ce pays. Le Conseil fédéral doit mettre un projet en consultation avant la fin de l’année. En attendant, une école privée peut déléguer la notation d’épreuves qui pèsent sur une maturité, un apprentissage ou une bourse. Personne ne l’en empêche. Personne ne l’encadre.

Peu importe que la machine note mieux ou moins bien qu’un enseignant. Ce qui compte, c’est le statut de la note. Une note est une décision. Elle a un auteur, elle s’explique, elle se conteste. Si une plateforme la produit, il faut que ce soit écrit noir sur blanc, avec un droit de recours et un humain qui assume la signature.

Sur ce terrain, je défends une ligne simple. L’IA peut préparer la correction : surligner, trier, repérer les erreurs qui reviennent, proposer des exercices de rattrapage. Elle ne signe pas. La note finale reste un acte humain, et l’enseignant doit pouvoir dire pourquoi il l’a donnée.

Ardévaz a eu le mérite de tester l’outil au grand jour, avec l’accord des parents. La correction automatique des examens mérite mieux qu’un procès d’intention. Elle mérite une règle écrite, avant que chaque établissement du pays invente la sienne.