Cela faisait plusieurs jours que je tombais sur des clichés de mes différents contacts, autant des célébrités que des amis ou même des proches s’étaient laissé tenter par l’utilisation de cette application qui enregistre des records côté téléchargements.
Mais il vous faudra réfléchir à deux fois avant d’utiliser l’application en question !
L’application n’est pas nouvelle et a déjà deux ans au compteur. Une app qui vous permet de modifier des photos de votre visage et qui est de nouveau à la première place de l’App Store cette semaine après que des célébrités ont commencé à partager des photos modifiées d’elles-mêmes. Comme certains des filtres faciaux populaires de Snapchat, vous pouvez générer des photos de vous-même pour paraître plus vieux, plus jeune ou même « changer » de genre.
Une app « gadget » qui est tout de même devenue virale. C’est actuellement l’une des applications les plus téléchargées pour iOS et Android, car les messages de #faceappappchallenge ont envahi les médias sociaux.
Mais avec l’augmentation soudaine de cette popularité, de nouvelles questions sont apparues sur la protection de la vie privée et sur la question de savoir si FaceApp en fait assez pour protéger les données des utilisateurs.
Certains se sont demandé pourquoi l’application, qui est sortie depuis des années, est soudainement redevenue virale en apparence du jour au lendemain. D’autres ont souligné le fait que l’application nécessite une connexion obligatoirement, suggérant que cela pourrait indiquer que l’application saisit subrepticement les photos des utilisateurs. Entre temps, de nombreux chercheurs en sécurité ont dit qu’il n’y a aucune preuve que l’application sonde et aspire les photothèques des utilisateurs.
Sur Twitter, les internautes ont souligné les origines russes de l’application. Hé oui, c’est de ce pays que vient FaceApp et elle appartient à la société: Wireless Lab, basée à Saint-Pétersbourg. Beaucoup y voit comme un signe évident de méfiance.
Après des évènements aussi inquiétants qu’importants tels que Cambridge Analytica, où des milliers de personnes ont vu leurs données personnelles mal utilisées à cause d’un quiz de personnalité apparemment inoffensif, les gens se méfient à juste titre des nombreuses façons dont leurs données pourraient être accessibles ou exposées par un développeur d’application.
Pas besoin d’aller chercher très loin pour trouver des exemples d’applications photo qui utilisent les photos de leurs utilisateurs à des fins tout autres que ce qui est nécessaire pour leurs propres applications.
Plus tôt cette année, NBC avait rapporté qu’Ever, une application très populaire de stockage de photos, utilisait les photos de ses utilisateurs pour entrainer les logiciels de reconnaissance faciale qu’elle vendait ensuite aux services de police. On a également découvert qu’IBM utilisait des photos Flickr pour également faire bosser et entrainer des applications de reconnaissance faciale sans l’autorisation de ceux qui figurent sur les photos. Et l’année dernière, c’était au tour de PopSugar qui par inadvertance, a laissé échapper des données.
Alors quand on gratte un peu on peut voir que la politique de confidentialité de FaceApp n’offre pas non plus beaucoup de garanties.
En plus des photos générées via l’application, leurs conditions générales stipulent qu’ils collectent également des informations de localisation et des informations sur l’historique de navigation des utilisateurs.
Et bien qu’ils stipulent que, je cite «Nous ne louerons ni ne vendrons vos informations à des tiers en dehors de FaceApp » fin de la citation, ils indiquent explicitement qu’ils partagent ces informations avec des « partenaires publicitaires tiers » afin de diffuser des publicités ciblées. Ben oui, rapellez-vous: si c’est gratuit c’est toi le produit.
Le PDG de FaceApp, Yaroslav Goncharov, n’a pas encore répondu aux questions concernant la politique de confidentialité de l’entreprise. Mais ce type de politique de confidentialité n’est pas nécessairement inhabituel, bien qu’elle soit clairement vague. On a ici un exemple de la façon dont les entreprises de technologie aspirent discrètement des informations sur leurs utilisateurs d’une manière qui n’est pas franchement claire.
Le 17 juillet 2019, dernier Yaroslav Goncharov, le PDG de FaceApp, a fait la déclaration suivante:
FaceApp effectue la plupart du traitement photo dans le nuage. Nous ne téléchargeons que la photo sélectionnée par l’utilisateur pour l’éditer et la transformer. Nous ne transférons jamais d’autres images du téléphone vers nos services.
Yaroslav assure que la plupart des images sont supprimées de leurs serveurs dans les 48 heures suivant la date de téléchargement.
De plus les demandes des utilisateurs pour retirer toutes leurs données sont possibles. Toutes les fonctionnalités de FaceApp sont disponibles sans création de comptes ou sans vous connecter à un compte.
Est-ce que les propos du PDG vont rassurer les utilisateurs soucieux de leur confidentialité ? Est-ce un hasard que ce #faceappappchallenge ait un tel succès pour toucher autant d’utilisateurs ? Et si en effet il était prouvé que ces données sont aspirées par l’éditeur de cette App, quels seraient les usages de ces datas ?
Pas mal de questions qui suscitent la prudence dans tous les cas.
Pour ma part je n’ai pas installé cette application et si d’aventure vous aviez envie de voir comment nous serons avec 10 ans de plus, je vous invite tout simplement à nous donner rendez-vous en 2029 ! Une occasion toute trouvée pour boire un verre ensemble sans passer par l’installation de FaceApp.

À propos de l’auteur – Podcast, contenus numériques et veille technologique
Je suis actif dans le domaine du podcast et des médias numériques depuis le début des années 2000, période à laquelle le terme « podcast » n’était pas encore largement reconnu par la majorité des marques. Depuis lors, j’ai eu l’opportunité de produire, animer ou accompagner la création de plusieurs centaines de contenus audio et vidéo pour des médias, des institutions, des entreprises et des indépendants, tant en Suisse qu’à l’international.
Ma méthodologie repose sur trois piliers fondamentaux : la stratégie éditoriale, la production de contenus (podcast, vidéo, live streaming) et la veille technologique appliquée. Je privilégie une approche pragmatique, fondée sur l’expérience terrain, les tests, l’analyse des erreurs et une compréhension approfondie des usages réels du numérique, sans recourir à des solutions simplistes.
Mes podcasts sont disponibles sur les plateformes Apple Podcasts et Spotify.
J’interviens également en tant que chroniqueur technologique au sein de Mon Carnet et publie régulièrement des analyses dans Cominmag.
Par ailleurs, je suis cofondateur de l’initiative Le Meilleur de, qui valorise depuis plus d’une décennie les meilleures pratiques du web, de la publicité, du podcast et de la communication en Suisse. Ce travail d’observation approfondi m’a permis de développer une vision concrète de la qualité des contenus et de leur impact réel.
En parallèle de mes activités de production et d’analyse, j’enseigne et j’accompagne régulièrement des professionnels, des équipes et des entrepreneurs sur les enjeux du podcast, du live streaming et de la création de contenus numériques. La transmission du savoir fait partie intégrante de mon métier.
Je documente également des projets plus personnels, tels qu’EDS, une aventure en van aménagé combinant mobilité, technologie et récits de terrain. Il s’agit d’une approche alternative pour explorer les usages, en dehors des présentations PowerPoint traditionnelles.
Ce blog constitue un espace dédié à la veille, à l’analyse et au retour d’expérience. J’y partage mes expérimentations, les solutions efficaces — et parfois les solutions moins performantes — avec une seule ambition : produire des contenus pertinents, cohérents et durables.
Au plaisir de vous retrouver prochainement.


