Un certificat, des pays entiers hors ligne
C’est un nom que vous avez croisé des centaines de fois sans le savoir. Let’s Encrypt, l’autorité de certification qui sécurise près d’un milliard de sites web, a silencieusement modifié ses conditions d’utilisation le 4 juin 2026. Conséquence : des pays entiers — Russie, Iran, Corée du Nord, et même l’Ukraine — se retrouvent techniquement exclus de l’accès aux certificats HTTPS gratuits. L’information, révélée par Frandroid le 10 juin 2026, est passée relativement inaperçue dans le grand public. Pourtant, ses implications sont vertigineuses.
Un quasi-monopole qui vacille
Avec près d’un milliard de sites qui reposent sur ses certificats, Let’s Encrypt est devenu l’infrastructure invisible du web moderne. Gratuit, simple à déployer, automatisé : le service s’est imposé comme la référence absolue pour le HTTPS. Tellement incontournable qu’on en a oublié qu’il s’agit d’une entreprise américaine, soumise au droit américain. La version 1.7 de son contrat d’abonnement est claire : les « personnes physiques ou morales établies dans un territoire faisant l’objet de sanctions américaines étendues » n’ont plus le droit d’utiliser ses services. La formulation ne distingue pas entre gouvernements et citoyens ordinaires.Une réponse qui soulève plus de questions qu’elle n’en résout
Face à la polémique, Josh Aas, responsable de l’ISRG (la structure qui chapeaute Let’s Encrypt), a tenté d’éteindre l’incendie : « Let’s Encrypt reste accessible à la quasi-totalité des populations vulnérables à travers le monde », assure-t-il, précisant que les restrictions visent principalement les gouvernements, pas les populations. Problème : le texte du contrat dit exactement l’inverse. L’entreprise elle-même reconnaît un « problème de communication ». Mais quand on pèse un milliard de sites, un « problème de communication » peut avoir des conséquences réelles pour des millions d’utilisateurs.La dépendance européenne en pleine lumière
Cet incident met en lumière une fragilité structurelle que l’Europe refuse d’affronter franchement. Que se passerait-il si Donald Trump décidait d’étendre ces sanctions à l’Union européenne ? Ou si une administration américaine hostile utilisait Let’s Encrypt comme levier géopolitique ? Des alternatives existent —Certificat européen, gestionnaires opensource— mais aucune n’a la simplicité de déploiement ni la gratuité qui ont fait le succès de Let’s Encrypt. Le coût de la souveraineté numérique, c’est aussi ça : accepter de payer plus cher, ou d’avoir une expérience moins fluide, pour ne pas dépendre d’un acteur unique.Ce qu’il faut retenir
Ce n’est pas la première fois qu’une infrastructure technique américaine révèle sa dimension politique — Cloudflare, AWS, Google ont déjà montré leur fragilité. Mais Let’s Encrypt est particulier : c’est un service gratuit, open source, porté par une fondation. Si même lui peut être instrumentalisé, alors aucune infrastructure américaine n’est vraiment neutre.La question n’est pas de savoir si Let’s Encrypt a bien ou mal agi — l’entreprise n’a fait que se conformer à la loi américaine. La vraie question, c’est : jusqu’où sommes-nous prêts à dépendre d’infrastructures que nous ne contrôlons pas ?
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À propos de l’auteur – Podcast, contenus numériques et veille technologique
Je suis actif dans le domaine du podcast et des médias numériques depuis le début des années 2000, période à laquelle le terme « podcast » n’était pas encore largement reconnu par la majorité des marques. Depuis lors, j’ai eu l’opportunité de produire, animer ou accompagner la création de plusieurs centaines de contenus audio et vidéo pour des médias, des institutions, des entreprises et des indépendants, tant en Suisse qu’à l’international.
Ma méthodologie repose sur trois piliers fondamentaux : la stratégie éditoriale, la production de contenus (podcast, vidéo, live streaming) et la veille technologique appliquée. Je privilégie une approche pragmatique, fondée sur l’expérience terrain, les tests, l’analyse des erreurs et une compréhension approfondie des usages réels du numérique, sans recourir à des solutions simplistes.
Mes podcasts sont disponibles sur les plateformes Apple Podcasts et Spotify.
J’interviens également en tant que chroniqueur technologique au sein de Mon Carnet et publie régulièrement des analyses dans Cominmag.
Par ailleurs, je suis cofondateur de l’initiative Le Meilleur de, qui valorise depuis plus d’une décennie les meilleures pratiques du web, de la publicité, du podcast et de la communication en Suisse. Ce travail d’observation approfondi m’a permis de développer une vision concrète de la qualité des contenus et de leur impact réel.
En parallèle de mes activités de production et d’analyse, j’enseigne et j’accompagne régulièrement des professionnels, des équipes et des entrepreneurs sur les enjeux du podcast, du live streaming et de la création de contenus numériques. La transmission du savoir fait partie intégrante de mon métier.
Je documente également des projets plus personnels, tels qu’EDS, une aventure en van aménagé combinant mobilité, technologie et récits de terrain. Il s’agit d’une approche alternative pour explorer les usages, en dehors des présentations PowerPoint traditionnelles.
Ce blog constitue un espace dédié à la veille, à l’analyse et au retour d’expérience. J’y partage mes expérimentations, les solutions efficaces — et parfois les solutions moins performantes — avec une seule ambition : produire des contenus pertinents, cohérents et durables.
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