Anthropic a annoncé que Claude filigrane désormais tous les textes qu’il génère. Le but : se mettre en règle avec l’AI Act européen, qui impose depuis le 2 août un marquage des contenus produits par IA.

La méthode est élégante. Elle repose sur SynthID-Text, une technique publiée par Google DeepMind en 2024. Quand Claude écrit, il choisit chaque mot suivant parmi plusieurs options presque équivalentes. Un tirage aléatoire les départageait. Ce tirage n’est plus aléatoire : une clé secrète le pilote. Un outil qui possède cette clé peut ensuite vérifier si la suite de mots colle aux choix attendus. Plus ça colle, plus Claude est probablement derrière le texte.

Pas de caractère caché. Pas de token en plus. Le texte reste naturel et lisible. Sur le papier, c’est propre.

Le problème, c’est que ce filigrane ne survit pas à trente secondes de paraphrase. Et c’est là que je décroche.

J’ai passé des semaines sur ce sujet pour mon propre pipeline éditorial. La conclusion est sans appel : on ne retire pas SynthID, on paraphrase. Dès qu’un texte passe dans un autre modèle, ou qu’un humain le reformule, la séquence qui portait le filigrane est détruite. Le marquage statistique est fragile par nature. Tout le monde le sait dans l’industrie.

Anthropic le reconnaît d’ailleurs à moitié. Le filigrane est moins présent sur les textes courts, les textes très factuels, et le code. Autrement dit, moins il y a de place pour varier la formulation, moins le marquage est fiable.

Pour les images, Anthropic fait autre chose. Pas de filigrane statistique, mais des métadonnées de provenance signées, via le standard C2PA. C’est le même standard qu’utilisent les fabricants d’appareils photo. Là, ça a du sens : c’est vérifiable par n’importe qui, sans clé secrète. La différence avec le filigrane texte est frappante. D’un côté, un standard ouvert. De l’autre, une clé fermée.

Le problème n’est pas technique, il est institutionnel. Qui détient la clé de vérification ? Anthropic. Un tiers ne peut rien contrôler sans cette clé. Pour savoir si un texte vient de Claude, il faut donc demander à Anthropic. Drôle de transparence, qui repose entièrement sur la bonne volonté du fournisseur.

Et après ? Imaginons qu’on détecte un texte filigrané. On en fait quoi ? L’AI Act oblige à marquer, pas à prévoir une conséquence. La transparence s’arrête à la détection.

Pour une entreprise suisse qui utilise Claude, la leçon est simple. Ne comptez pas sur ce filigrane pour prouver qu’un contenu est humain. Si la transparence compte pour vous, documentez vos processus, gardez vos sources, et assumez ce qui est généré. Le marquage automatique est un filet de sécurité, pas une politique de confiance.

Je ne dis pas qu’Anthropic a tort. Respecter la loi, c’est le minimum, et c’est mieux que rien. Mais soyons clairs sur ce que ce filigrane est : un signal de bonne volonté, pas une preuve, et encore moins un instrument de contrôle. La transparence de l’IA ne se jouera pas dans l’aléatoire d’un générateur de texte. Elle se jouera dans des registres publics, des standards ouverts, et des vérifications indépendantes. Le filigrane de Claude va dans le bon sens. Mais tant que la clé reste dans la poche d’Anthropic, ce pas ne mène nulle part.