Rösti veut une régulation « minimale » de l’IA. Le Parlement n’est pas d’accord.

Mercredi dernier au sommet sur la gouvernance de l’IA à Genève, le conseiller fédéral Albert Rösti a posé ses cartes : « C’est à l’ONU de présenter une régulation minimale. » En clair, la Suisse ne suivra pas le modèle européen de l’AI Act avec ses centaines de pages de contraintes juridiques. Pas de bureaucratie à la bruxelloise.

À la place, Rösti propose un système de labellisation volontaire. Les entreprises certifient leurs bonnes pratiques. Pas de loi contraignante, pas de sanctions. Juste un badge. L’objectif : faire de la Suisse « un site d’innovation qui peut apporter des solutions à tout le monde », en vue du sommet mondial sur l’IA que Genève accueillera en juin 2027.

Je ne vais pas faire semblant d’être neutre. L’idée a du sens sur le papier. Les startups suisses n’ont pas les moyens de se payer une armée de juristes spécialisés. Un AI Act à l’européenne les écraserait net. Mais le diable est dans les détails, et ces détails n’existent pas encore. Un label sans audit indépendant, sans pouvoir de sanction, sans transparence sur les critères — c’est un autocollant, pas une régulation.

À Berne, les lignes de fracture sont prévisibles. La droite et les milieux économiques applaudissent l’approche pragmatique. La gauche et le centre gauche la jugent dangereusement légère. Leurs arguments sont connus : biais algorithmiques, deepfakes, désinformation de masse, concentration du pouvoir chez trois entreprises californiennes qui décident de ce qu’un modèle peut ou ne peut pas dire.

Ce débat tombe à un moment charnière. Les priorités 2026 de la Confédération prévoient d’améliorer le modèle Apertus — le LLM suisse — et de déployer l’IA générative dans les hôpitaux. On ne peut pas mettre de l’IA dans des décisions médicales en disant qu’on régule « au minimum ». La cohérence a un prix.

Le vrai problème, c’est le calendrier. 2027, c’est loin. Très loin en années-IA. Les modèles s’entraînent aujourd’hui sur des corpus qui pulvérisent toute notion de consentement éclairé. Les incidents se multiplient. Pendant que la Suisse peaufine sa position, les dégâts potentiels s’accumulent.

Il y a un scénario où le pari de Rösti fonctionne. Genève a des atouts réels : crédibilité internationale, qualité de la recherche, neutralité politique. Si le sommet 2027 accouche d’un standard de labellisation qui fait référence, la Suisse gagne son statut de Davos de l’IA.

Le scénario pessimiste : le label reste une coquille vide, les géants continuent d’avancer sans contrainte, et la Suisse réalise en 2028 qu’elle a perdu trois ans dans une course où chaque mois compte. En IA, deux ans, c’est l’écart entre GPT-3 et GPT-4. Une éternité.