Cette semaine, dans Mon Carnet, je reviens sur un sujet qui traîne depuis des années sans jamais se régler : la dépendance de la Suisse envers les fournisseurs technologiques américains.
Le 2 septembre, la Chancellerie fédérale a annoncé un programme de bureautique souveraine. Environ 3 000 collaborateurs de l’administration fédérale travailleront sur openDesk d’ici la fin 2027. Neuf millions de francs pour la première phase.
openDesk vient d’Allemagne. La suite est développée par ZenDiS, l’organisme public allemand de souveraineté numérique, qui la met à disposition gratuitement. Elle assemble des briques open source connues : Collabora pour les documents, Open-Xchange pour le courriel et l’agenda, Nextcloud pour les fichiers, Jitsi pour la visioconférence, Element pour la messagerie, Univention pour les identités. Tout passe par le navigateur.
L’annonce s’appuie sur une étude de faisabilité, le PoC BOSS. 172 collaborateurs de plusieurs départements ont testé l’environnement, 73 ont rempli les scénarios d’évaluation. Verdict : l’édition de documents, le stockage, la collaboration, le courriel et l’agenda passent. Les grandes visioconférences coincent encore, comme le déploiement en conditions réelles.
Le chiffre à retenir est un rapport. 3 000 postes sur un parc fédéral de plus de 50 000 machines, cela fait autour de 7 %. Personne n’a annoncé la fin de Microsoft 365. La Confédération se paie une sortie de secours.
Cette nuance compte. Un pilote ne remplace pas un écosystème de trente ans. Les applications métier de l’administration sont intégrées à Microsoft, souvent jusqu’aux authentifications. Une administration qui change de bureautique ne perd pas seulement des licences : elle réécrit des procédures, des formations et des habitudes. Le travail sérieux commence maintenant, et il prendra des années.
Ce qui a changé, c’est l’argument. Il y a cinq ans, le débat portait sur le prix des licences. Aujourd’hui, il porte sur la continuité : savoir ce qui reste debout si un fournisseur change ses conditions, coupe un service ou décide de ne plus répondre. La résilience tient mieux que le prix, parce qu’elle ne dépend pas d’un cours de change.
Plusieurs cantons et villes suisses ont ouvert le même chantier. Leurs projets sont plus modestes que celui de la Confédération, mais l’addition compte. C’est là que se joue l’essentiel : dans la somme de décisions locales qui finissent par faire une politique.
Reste la question que je pose à chaque fois : la Suisse décide-t-elle vraiment, ou attend-elle que l’Europe tranche pour elle ?
Et vous, votre organisation sait-elle ce qu’elle ferait si son fournisseur principal disparaissait demain ?
Écoutez l’épisode du 2 octobre 2026 sur Mon Carnet. Mon billet commence à 1:42:44.
Chronique publiée dans le cadre de ma collaboration avec Mon Carnet, le grand magazine francophone de l’actualité numérique présenté par Bruno Guglielminetti.



